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"On ne peut tout simplement pas se permettre de perdre l'espoir"

Gérald Machabert

Viola Raheb ne mâche pas ses mots pour dire la violence quotidienne que connaissent les Palestiniens dans les Territoires occupés. C'est aussi une grande inquiétude qui transparaît lorsqu'elle parle de la situation des Eglises chrétiennes en Palestine : "C'est la terre où est née la prédication de l'Evangile et d'où est partie la première mission chrétienne. Mais aujourd'hui, après deux mille ans de présence, le christianisme risque d'y être réduit à un musée. Pour la première fois depuis deux mille ans, le christianisme risque de disparaître de cette terre".

Viola Raheb était invitée ce jeudi à livrer son témoignage devant les 600 participants de la Conférence Mondiale sur la Mission et l'Evangélisation (CME) organisée du 9 au 16 mai à Athènes par le Conseil Oecuménique des Eglises (COE). La journée était consacrée à la question des relations ambiguës et ambivalentes entre mission et violence.

Une ambivalence que relève à plusieurs reprises cette jeune femme, luthérienne et palestinienne, ayant étudié en Allemagne la théologie et la pédagogie, ayant dirigé pendant sept ans les écoles luthériennes de Palestine, avant de s'installer en Autriche avec son mari, réfugié palestinien. "Il ne suffit pas aux théologiens chrétiens d'accepter que la violence soit présente au coeur de leur foi, dans certains textes de la Bible (d'ailleurs assez peu souvent lus !). Il leur faut aussi être attentifs au fait que la théologie peut être un instrument de violence à travers la lecture et l'interprétation qu'ils donnent eux-mêmes des textes bibliques".

Une contribution des Eglises à la paix au Proche-Orient

Lorsqu'on l'interroge sur la contribution que les Eglises peuvent apporter à la construction d'un processus de paix au Proche-Orient, elle rappelle combien déjà elles sont déjà engagées dans ce sens, à travers des appels du COE ou le programme EAPPI d'accompagnement oecuménique en Palestine-Israël.

Elle souligne aussi que les Eglises doivent apporter leur réflexion théologique à cet effort de paix. "Les thèmes de la Terre et particulièrement de la Terre promise ou du peuple élu doivent être travaillés et repris sans cesse, avec la conscience de la présence des chrétiens dans cette région du monde. Ainsi lorsque les théologiens d'Europe ou des Etats-Unis travaillent la question de la Terre promise, ils ne parlent pas de leur propre "terre" et se sentent souvent peu concernés par les enjeux majeurs pour nous".

Sur le programme EAPPI, mené par le COE, qui envoie chaque année des volontaires de ses Eglises membres pour trois mois de présence et de travail en Palestine-Israël et qui est souvent critiqué en France par ceux qui le considèrent comme "pro-palestinien", elle reste claire et ferme. "Ce programme n'est pas un projet du COE. Il a été proposé par les Eglises de Palestine pour recevoir une aide et un accompagnement et est depuis conduit par le COE", rappelle-t-elle. "De plus, ce programme n'a pas pour vocation d'être un programme politique pour la paix ou interreligieux, mais d'être un programme d'accompagnement des populations palestiniennes dans leurs difficultés quotidiennes : pour se déplacer, pour travailler, pour vivre".

Surmonter la violence, vivre avec la peur

Faisant allusion à la Décennie Vaincre la Violence 2001-2010, initiée par le COE, elle dit que si la peur est souvent le moteur de la violence, les deux aspects ne peuvent pas être abordés de la même façon. "Si on peut surmonter la violence", dit-elle, "je n'ai jamais réussi à surmonter la peur. Tout ce que j'ai appris à faire, c'est vivre avec, et lui faire face plutôt que d'essayer de l'ignorer".

"Bien sûr la peur est des deux côtés, du côté d'Israël comme de celui des Palestiniens. Mais ce travail pour réduire la peur de part est d'autre relève d'abord d'une volonté politique. Ce que les Eglises peuvent faire en revanche, c'est d'aider les Israéliens et les Palestiniens à se rencontrer. Dans les deux populations, les gens ont peur mais n'ont souvent jamais eu l'occasion de rencontrer les autres et de dialoguer avec eux".

En revanche, le programme EAPPI ne peut pas être "équilibré" : "Il s'agit d'un programme d'accompagnement de la population palestinienne qui, à cause de mesures politiques, n'a plus les moyens de sa subsistance. Les terres sont confisquées par les colonies ou de l'autre côté du Mur, les familles sont divisées. Tous les hôpitaux de qualité sont situés à Jérusalem, mais les Palestiniens n'y ont pas accès. En quoi consisterait un accompagnement de la population d'Israël qui ne fait pas face à ces difficultés-là !". Viola souligne aussi que ce programme peut bien être "partisan" : "de nombreux programmes, même conduits par des Eglises sont en faveur d'Israël, comme par exemple l'envoi de jeunes pour travailler dans les Kibboutzim".

Avant d'envisager de pouvoir surmonter la peur, ajoute-t-elle, nos responsables politiques avec l'aide de la communauté internationale et particulièrement de l'Union Européenne doivent lutter contre les racines de cette situation, génératrice de tant de peur.

L'espoir malgré tout

"On ne peut tout simplement pas se permettre de perdre l'espoir. Sans espoir, il ne reste plus qu'à mourir. La situation est si désespérée pour tellement de personnes". Ce n'est pourtant pas du dépit qui perce dans ces paroles mais, au contraire, plutôt un espoir coûte que coûte. "Les signes justifiant un tel espoir sont là. Malgré la violence, malgré l'oppression, malgré la peur, tant qu'il y a des personnes des deux bords qui s'engagent, il y a de l'espoir pour la résolution de ce conflit. La question n'est pas de savoir s'il y a un espoir de sortie de ce conflit. Elle est de savoir combien de temps encore cela va durer". [926 mots!

Gérald Machabert vient de Montbéliard - France. Il est actuellement pasteur de l'Eglise Evangélique Luthérienne de France pour lequel il est également rédacteur en chef de son mensuel L'AMI CHRETIEN.